La vieille dame et son jardin

C’était un petit bout de terre cerné d'autres 
jardins ouvriers perdus dans la verdure. 
La vieille dame s'y rendait presque chaque jour,
parfois de très bonne heure. 


Elle s’asseyait au plus près de ses plantes pour partager
 leur intimité,  attentive aux mouvements, aux couleurs,
 aux sons. Les plantes ou arbres qu'elle avait choisis
et plantés elle-même, lui racontaient une histoire. 
 C’était une sorte de dialogue muet, un moment suspendu.
 Elle et son jardin ne faisaient qu’un.
Elle avait toujours à portée de main quelques feuillets 
pour y noter une pensée ou une idée "avant qu'elle ne fuit" 
disait-elle ou bien esquisser le dessin d'une plante
 car elle avait, tout comme son père,
 une âme d'artiste.

Cela sentait si bon dans son vieux jardin.
Ici pas de rosiers modernes,
seulement des rosiers parfumés "antiques" 
comme elle les appelait, des fleurs à longue floraison
 et quelques aromatiques. 

Parfois, un monsieur très âgé,
 un voisin jardinier, ami de longue date, 
 prenait le thé avec elle. Ils s'asseyaient
au soleil devant la cabane de jardin et devisaient.
C'était une époque où l'on prenait son temps,
 où les relations humaines étaient
omniprésentes,  un style de vie qui semble révolu.


La vieille dame n’est plus là depuis longtemps,
son jardin est passé dans d’autres mains 
et a perdu son âme.

Reste le rosier qu’elle m’a transmis.
Maintes fois bouturé, il est là dans notre jardin 
comme une amicale sentinelle
que je salue chaque jour quand il fleurit.

Elle m'a beaucoup inspirée et
m'inspire encore.




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